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•    Après la chute historique enregistrée au 2e trimestre des PIB allemand (- 10,1 %) et américain (- 9,5 %, soit - 32,9 % en taux annuel) publiés hier, c’est au tour des PIB de la zone euro, de la France, de l’Espagne et de l’Italie de révéler l’ampleur du choc lié au Covid-19. 

•    Le PIB, qui s’était déjà inscrit en forte contraction au 1er trimestre suite au début du confinement à partir de la mi-mars, s’est littéralement effondré au 2e trimestre, en raison de la prolongation des mesures tout au long du mois d’avril et sur la 1re quinzaine du mois de mai. Le déconfinement progressif depuis lors a permis un redémarrage de l’activité et de la demande qui reste très insuffisant au regard de la chute enregistrée précédemment.

•    Ces chiffres permettent de mesurer l’ampleur du choc sur la croissance consécutif aux mesures de confinement adoptées entre la mi-mars et la mi-mai. Le PIB de la zone euro a plongé de 12,1 % au 2e trimestre . Cela est notamment lié à la chute de 10,1 % du PIB allemand, de 13,8 % du PIB français, de 12,4 % du PIB italien et de 18,5 % de celui de l’Espagne. Cette dernière a enregistré la plus forte contraction, notamment en raison du fait qu’elle a été l’une des économies les plus touchée par la crise sanitaire, qu’elle a adopté des mesures strictes de confinement et que le secteur du tourisme représente une plus grande partie de son économie.

•    Le détail par composante pour la zone euro n’est pas encore disponible, mais les chiffres publiés pour la France et l’Espagne et les commentaires de l’organisme de statistique allemand révèlent une très forte baisse de la consommation des ménages et de l’investissement, ainsi qu’un plongeon des exportations et des importations. La chute des importations résulte de l’effondrement de la demande interne, alors que celle des exportations traduit le fait que la crise liée au Covid-19 sévit aussi chez les partenaires commerciaux. Le graphique suivant montre les contributions à la croissance trimestrielle pour la France. La demande interne a pesé à hauteur de 12,1 points de pourcentage (pp) sur la croissance trimestrielle du PIB, le commerce extérieur à hauteur de - 2,3 pp, en raison du plus fort recul des exportations par rapport aux importations, et les stocks ont eu une contribution quasiment nulle (+ 0,6 pp).

•    Ce graphique représentant les PIB en niveau des États-Unis, de la zone Euro, de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie donne le vertige. Ils sont exprimés en base 100 au 1er semestre 2008. Avec la crise du Covid-19 et la fermeture d’une grande partie de l’économie de la mi-mars à la mi-mai, le PIB de la zone Euro revient sur les niveaux de 2005, le PIB français sur les niveaux de 2003, le PIB allemand sur ceux de  2010, le PIB espagnol sur ceux de 2002 et le PIB italien atteint un plus bas historique depuis le début de la série en 1995. Il est inférieur de 6 % par rapport au niveau du 1er trimestre 1996. En comparaison, le PIB américain a retrouvé les niveaux de 2015.

•    Ces chiffres confirment le fait que l’Italie et l’Espagne font partie des pays les plus lourdement affectés par la crise du covid-19 alors qu’ils ne disposent que de moyens limités pour y faire face, compte tenu d’un niveau de dette publique élevé. Cela justifie pleinement l’adoption, par les 27, du plan de relance européen de 750 milliards d’euros dont une partie significative leur sera versée sous forme de subventions, afin de ne pas alourdir leur endettement et les fragiliser davantage. La BCE, l’Union européenne et les gouvernements de la zone euro agissent de concert pour créer les conditions d’une reprise durable de la demande interne dans un contexte de choc sans précédent sur l’activité mondiale.  

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management