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Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis vont perdurer

14.05.2019

Les États-Unis relèvent les tarifs douaniers de 10 % à 25 % sur 200 milliards de dollars de produits chinois…

Après une période d’accalmie de cinq mois, les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis se sont significativement accentuées à partir de la semaine dernière. À la demande de Donald Trump, les États-Unis ont relevé pour la seconde fois les droits de douanes sur 200 milliards de produits chinois pour les porter à 25 %, contre 10 % depuis le
24 septembre. Le département du commerce a également lancé le processus visant à relever les tarifs douaniers sur le reste des importations chinoises, soit un montant de près de 300 milliards de dollars.

… déclenchant des mesures de représailles de la part de la Chine

La Chine a indiqué ce lundi qu’elle relèverait ses tarifs douaniers à partir du 1er juin, sur 60 milliards de dollars de produits américains importés. La plus grande partie serait taxée à hauteur de 25 %, le reste entre 20 %, 10 % et 5 %. La Chine avait déjà relevé ces tarifs, le 24 septembre dernier, en représailles des tarifs américains, pour les porter entre 5 % et 10 %.

Ces mesures mettent fin à la trêve qui avait été observée depuis le sommet du G 20 du 1er décembre dernier. Les États-Unis avaient alors mis en suspens leur menace de tarifs supplémentaires en raison des négociations avec la Chine destinées à trouver un accord. Celles-ci étaient entrées selon les Américains dans leur phase finale. Il y a encore 10 jours, ils se montraient optimistes sur les chances de succès lors de la visite de la délégation chinoise.

Les tweets postés par Donald Trump, dimanche 5 mai, sont venus brutalement doucher cet espoir. Il a menacé d’augmenter les droits de douane en raison de la lenteur des négociations et du fait que la Chine revienne sur ses engagements. Plus spécifiquement, elle serait revenue sur son engagement d’inscrire dans la loi les mesures destinées notamment à enrayer le transfert de technologie forcé et à protéger la propriété intellectuelle américaine en insistant sur le fait qu’un changement de réglementation était suffisant pour appliquer les termes de l’accord.

La Chine ne cèdera pas aux exigences des Américains sur le plan du leadership technologique

L’espoir d’un accord rapide se révélait utopique, tout comme celui d’un accord tout court, compte tenu des exigences américaines envers la Chine. Le problème reste le même. La question ne porte pas sur le commerce de biens entre les deux économies, mais sur celui du leadership technologique. Les Chinois se sont en effet déclarés prêts, et ceci depuis le début, à augmenter significativement leurs achats de produits américains pour réduire le déficit commercial bilatéral. En revanche, ils ne céderont pas aux demandes des États-Unis visant à remettre en cause leur modèle de développement économique destiné à occuper le rôle de leader sur le plan technologique. Les Américains visent plus spécifiquement le programme « Made in China 2025 » dont l’objectif est de faire de la Chine un leader dans le domaine des nouvelles technologies et de l’innovation.

Au-delà de cette problématique fondamentale, la Chine voulait par ailleurs qu’un accord éventuel se traduise par une suppression immédiate des tarifs douaniers, alors que les Américains souhaitaient les maintenir et les réduire progressivement après vérification du respect des termes de l’accord. Les Américains souhaitaient par ailleurs pouvoir instaurer des tarifs supplémentaires, le cas échéant, sans que la Chine puisse avoir la capacité d’adopter des mesures de représailles.

Les marchés actions vont rester affectés par la menace d’une nouvelle hausse des tarifs douaniers et le maintien durable des tensions commerciales

Les marchés boursiers ont fortement baissé la semaine dernière suite au regain de tensions commerciales (- 4,1 % pour le Nikkei, - 4 % pour l’Euro Stoxx 50 et le CAC 40 et - 2,2 % pour le S&P) et ont continué de s’inscrire en baisse ce lundi. Ces derniers avaient été notamment portés depuis le début de l’année par l’espoir d’un accord rapide entre la Chine et les États-Unis. Cette nouvelle escalade doit constituer une alerte pour les investisseurs sur le fait que les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, et le reste du monde de manière générale, vont perdurer encore longtemps et devraient fort probablement s’accentuer.

Le département au commerce américain a annoncé vendredi 10 mai commencer le processus visant à relever les tarifs douaniers sur le reste des importations en provenance de la Chine, ce qui représenterait un montant d’à peu près 300 milliards de dollars. Cela affecterait en premier lieu les produits de consommation américains (tablette et i-phone notamment) qui avaient été jusqu’à présent relativement préservés.

À cela s’ajoutent les taxes éventuelles sur l’automobile. Les marchés semblent avoir oublié que Donald Trump a jusqu’au 18 mai pour se prononcer sur les conclusions du rapport du département du commerce quant aux menaces que pourraient représenter les importations de voitures sur la sécurité nationale. Elles n’ont pas été rendues publiques, mais certaines sources ont indiqué que le rapport concluait sur le fait que certaines d’entre-elles pouvaient représenter une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. Si Donald Trump exprime son accord avec ces conclusions, cela pourrait déboucher sur la mise en place de tarifs supplémentaires sur les importations de voitures dans les 15 jours suivants ou le lancement de négociations afin d’y remédier (durant une période de 180 jours). Les constructeurs automobiles américains s’attendent à l’annonce d’un report de cette décision. Il y a une forte opposition en interne sur ces tarifs, notamment de la part de ces derniers qui seraient les plus touchés par la hausse des prix. Les pays les plus affectés par la mise en place éventuelle de tarifs sur les importations de voitures et de pièces détachées seraient le Japon et l’Allemagne comme le montre le graphique suivant.  Le Canada et le Mexique auraient déjà négocié avec les États-Unis, dans le cadre de l’accord commercial remplaçant l’ALENA (AEUMC), pour éviter la mise en place de ces tarifs supplémentaires. Cet accord doit toutefois être ratifié par le Congrès.

Il va s’en dire qu’en cas de nouvelle hausse des tarifs douaniers ou de menaces supplémentaires, les marchés actions seraient de nouveau dans la tourmente.

L’économie américaine n’est pas épargnée par le choc subi par le commerce mondial

Contrairement à ce qu’a encore tweeté Donald Trump vendredi dernier, la guerre commerciale n’est pas « bien pour l’économie américaine » et cela ne la rendra pas « plus forte ». Tout le monde y perd, y compris les États-Unis et, plus spécifiquement, les producteurs américains utilisant dans leur processus de production les produits chinois visés par les tarifs, ainsi que les consommateurs qui font face à une hausse des prix. 

Depuis l’automne dernier, le commerce mondial a fortement ralenti pour se contracter depuis le début de l’année, suite à l’intensification des tensions commerciales. Le secteur manufacturier a été lourdement affecté en raison de son exposition plus forte au commerce mondial. Les enquêtes réalisées auprès des chefs d’entreprises du secteur manufacturier ont révélé une dégradation des indices d’activité au niveau mondial et de manière beaucoup plus marquée en zone euro et en Allemagne en particulier. Celle-ci est davantage affectée en raison de son degré d’ouverture plus élevé et de l’importance de ses échanges avec l’Asie et la Chine en particulier.

Les États-Unis ne sont pas épargnés. Les indices d’activité du secteur manufacturier PMI/Markit et ISM se sont sensiblement infléchis depuis l’automne dernier pour signaler un ralentissement. En avril, la composante nouvelles commandes à l’exportation de l’ISM manufacturier s’est nettement repliée pour passer sous le seuil de 50 (à 49,5), signalant une contraction, et s’établir bien en-dessous de sa moyenne de longue période (53,4). Cela présage de moindres exportations américaines au cours des prochains mois.


Conclusion

Le regain de tensions entre la Chine et les États-Unis doit constituer une alerte pour les investisseurs qui se sont montrés trop confiants dans l’espoir d’un accord entre ces deux puissances. La question ne porte pas sur le commerce de biens, mais sur le leadership technologique. La Chine ne se pliera pas aux exigences démesurées des Américains destinées à modifier sa politique industrielle pour freiner ses avancées technologiques et ne plus représenter une menace pour les États-Unis. Les tensions commerciales vont ainsi perdurer et pourraient fort probablement s’accentuer au cours des prochains mois, voire des prochains jours, en cas de hausse des tarifs américains sur les importations de voitures ou d’une intensification des  menaces concernant leur mise en œuvre. Cela affecterait en premier lieu l’Allemagne et le Japon dont l’économie est déjà nettement fragilisée. Cette intensification des tensions commerciales va peser davantage sur le commerce mondial et le secteur manufacturier par voie de conséquence. Le risque majeur est que face à l’incertitude persistante et croissante, les chefs d’entreprises réduisent leurs dépenses d’investissement ce qui ne manquera pas d’affecter plus fortement la croissance à travers cette fois-ci la demande interne. Ce risque est déjà prégnant au regard des dernières enquêtes menées auprès des chefs d’entreprises montrant un net repli des commandes de biens d’équipement, en France et en Allemagne, notamment. Cela plaide pour le maintien de politiques monétaires durablement accommodantes pour limiter les risques sur la croissance.


Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management

Le 3 avril 2018, Natixis Asset Management est devenue Ostrum Asset Management.